Alimentation du cheval : rations simples, saison par saison

Cheval mangeant du foin au paddock au coucher du soleil, illustration de l’article Alimentation du cheval : rations simples par saison

Nourrir un cheval repose sur deux règles d’or : fournir 1,5 à 2 % du poids vif en fourrage par jour (minimum absolu 1,5 %, idéal 2 %) et introduire ou retirer les concentrés très progressivement (7 à 10 jours). La ration s’ajuste ensuite selon l’état corporel (BCS), la saison, le niveau de travail et les besoins individuels. Voici des repères simples et des rations types pour nourrir votre cheval en toute sécurité, saison par saison.

Les bases d’une ration équilibrée

Une alimentation équine saine privilégie toujours le fourrage, puis adapte les concentrés selon les besoins énergétiques.

Fourrage d’abord (foin/herbe) : quantités, fibres, eau à volonté

Le fourrage (foin, herbe, enrubanné) constitue la base absolue de l’alimentation. Un cheval doit consommer 1,5 à 2 % de son poids vif par jour en matière sèche de fourrage :

  • Poney 350 kg : 5,25–7 kg de foin par jour
  • Cheval 500 kg : 7,5–10 kg de foin par jour
  • Grand gabarit 650 kg : 9,75–13 kg de foin par jour

Les fibres garantissent le bon fonctionnement du transit, préviennent les coliques et les ulcères, et occupent l’animal (comportement naturel de broutage). L’eau doit être accessible en permanence : un cheval boit 20 à 40 litres par jour, davantage par temps chaud ou après effort.

📌 Astuce budget : Achetez le foin en vrac directement chez un agriculteur pour économiser 20 à 40 % par rapport aux ballots en sellerie.

Concentrés : quand en ajouter, petites distributions fractionnées

Les concentrés (granulés, floconnés, céréales) apportent énergie et protéines pour soutenir le travail. Ils ne sont pas systématiques :

  • Cheval au repos ou loisir léger : fourrage + CMV suffisent souvent.
  • Travail modéré (3–5 séances/semaine) : 0,5–2 kg de concentrés/jour.
  • Travail intense (compétition, entraînement quotidien) : 2–4 kg/jour.
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Règles de distribution :

  • Fractionner en 2 à 3 repas maximum par jour (l’estomac du cheval est petit).
  • Ne jamais dépasser 2 kg de concentrés par repas.
  • Toujours donner le fourrage avant ou en même temps que les concentrés.

Granulés ou floconnés ? Les floconnés sont plus appétents et digestes, mais plus chers. Les granulés conviennent bien si l’animal mâche correctement (dents saines).

Minéraux/Vitamines (CMV) : pourquoi, dosages indicatifs

Un complément minéral et vitaminé (CMV) compense les carences du fourrage (surtout foin de fin de récolte, pauvre en vitamines). Dose habituelle : 50 à 100 g/jour selon le produit et le poids du cheval.

Si vous utilisez un aliment complet (granulés/floconnés équilibrés), le CMV est souvent intégré. Sinon, ajoutez-le au fourrage ou mélangé à une petite poignée de concentrés.

Eau & sel : libre-service, sel simple vs pierres minéralisées

  • Eau : à volonté, propre, renouvelée quotidiennement. En hiver, vérifiez qu’elle ne gèle pas.
  • Sel : pierre à lécher (sel simple ou minéralisé) en libre-service. Un cheval consomme 30 à 50 g de sel par jour, davantage s’il transpire.

Les pierres minéralisées apportent du magnésium, calcium et oligo-éléments, mais le sel blanc classique suffit si vous donnez un CMV.

📌 À retenir : Changer une ration = progressif sur 7–10 jours. Surveillez crottins (consistance, fréquence), appétit et état corporel (BCS).


Rations types selon le niveau de travail

Voici trois profils pour un cheval de 500 kg en bonne santé, à adapter selon le poids réel et l’état corporel :

ProfilFourrage/jourConcentrés/jourNotes
Repos / loisir léger8–10 kg foin0–0,5 kgCMV si pas d’aliment complet. Suffisant pour entretien.
Travail modéré (3–5 séances/semaine)7,5–9 kg foin1–2 kgFractionner en 2 repas. Floconnés ou granulés selon appétence.
Travail intense (compétition, entraînement quotidien)7–9 kg foin2,5–4 kg3 repas/jour. Électrolytes selon sueur. Huiles végétales en appoint si besoin.

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Exemple de menu journalier (travail modéré, 500 kg) :

  • Matin : 3,5 kg foin + 0,8 kg granulés + 50 g CMV
  • Midi : 1 kg foin (ou accès pâture 2–3h)
  • Soir : 4 kg foin + 0,8 kg granulés

📌 Astuce budget : Utilisez un filet à foin à petites mailles pour ralentir la consommation et réduire le gaspillage de 20 à 30 %.


Adapter la ration selon la saison

Les besoins varient selon la température, la qualité de l’herbe et l’activité. Voici les ajustements à prévoir.

Hiver : foin plus abondant, eau tiède si besoin, gestion poil/abri

Le froid augmente les besoins énergétiques. Augmentez le fourrage de 10 à 20 % si le cheval vit au pré sans abri chauffé. Le foin génère de la chaleur digestive (fermentation) qui aide à maintenir la température corporelle.

  • Eau : vérifiez qu’elle ne gèle pas. Une eau tiède (15–20°C) encourage la consommation.
  • Concentrés : augmentez légèrement si le cheval maigrit ou tremble.
  • Herbe : quasi absente, tout repose sur le foin. Prévoyez 10–12 kg/jour pour un cheval de 500 kg au pré intégral.
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Signes de sous-alimentation hivernale : poil terne, côtes visibles, tremblements, crottins secs.

Printemps : transition herbe jeune (sucre) → augmenter très progressivement

L’herbe de printemps est riche en sucres et protéines, risque de fourbure et diarrhée. Transition sur 3 à 4 semaines :

  • Semaine 1 : 30 min d’herbe/jour
  • Semaine 2 : 1h/jour
  • Semaine 3 : 2h/jour
  • Semaine 4 : 3–4h/jour, puis ajuster selon BCS

Continuez à donner du foin matin et soir pour tamponner l’acidité digestive. Surveillez les membres (chaleur, pouls digité) et l’état général.

📌 À retenir : L’herbe fraîche ≠ foin. Elle est 4 à 5 fois plus riche en eau et sucres. Un cheval ne peut pas remplacer 10 kg de foin par 10 kg d’herbe.

Été : hydratation, électrolytes, accès à l’ombre ; herbe rase = compléter en foin

La chaleur augmente les besoins en eau (jusqu’à 50 litres/jour si forte sudation). Électrolytes : donnez-en après effort intense ou canicule, selon dose fabricant (20–50 g/jour), toujours avec eau à volonté.

  • Herbe d’été : souvent rase et sèche, peu nutritive. Compensez avec foin à volonté.
  • Ombre & ventilation : indispensables pour limiter le stress thermique.
  • Concentrés : réduisez si le cheval transpire beaucoup (éviter digestion lourde par forte chaleur).

Signes de déshydratation : pli de peau qui met >2 secondes à se replacer, muqueuses sèches, urine foncée, abattement.

Automne : herbe repousse sucrée, surveiller embonpoint, réintroduire foin

L’herbe d’automne repousse après les pluies, souvent très sucrée (risque fourbure chez chevaux sensibles). Limitez l’accès pâture (panier, parcelle réduite) si le cheval a tendance à grossir.

Réintroduisez progressivement le foin pour préparer l’hiver. Commencez par 2–3 kg/jour en complément de l’herbe, augmentez selon l’évolution du poids.

📌 Astuce budget : Achetez le foin de l’année en octobre-novembre, juste après récolte, pour bénéficier des meilleurs tarifs.


Cas particuliers fréquents

Certains chevaux nécessitent des rations adaptées selon leur âge, état de santé ou métabolisme.

Seniors (>20 ans) : dents, mash fibres, luzerne hachée, suivis véto/dentiste

Les dents usées limitent la mastication. Solutions :

  • Foin haché ou trempé (cubes, brins courts)
  • Mash à base de fibres (pulpe de betterave, son de riz)
  • Luzerne hachée : riche en protéines et calcium, facile à mâcher
  • Suivi dentaire : 1 à 2 fois/an pour ajuster les dents et éviter les blessures

Fractionnez en 3 à 4 repas/jour. Surveillez le poids (perte musculaire fréquente chez seniors).

Cheval rond/fourbu : ration pauvre en sucres/amidon, panier pâturage si nécessaire

Limitez les sucres et amidons pour réduire le risque métabolique (fourbure, insulino-résistance) :

  • Foin trempé 30 min pour éliminer une partie des sucres solubles
  • Concentrés pauvres en amidon (<10 %, type « sport & loisir light »)
  • Panier de pâturage ou accès limité (1–2h/jour max)
  • CMV adapté (sans céréales)
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Consultez un vétérinaire pour bilan métabolique (test ACTH, insuline).

Cheval maigre : plus de fourrage, huiles végétales en appoint, vermifuges/dents/ulcères à vérifier

Causes fréquentes : parasitisme, dents abîmées, ulcères gastriques, stress, sous-alimentation chronique.

Solutions :

  • Augmenter le fourrage : jusqu’à 2,5 % du poids vif si l’animal tolère
  • Huiles végétales (colza, tournesol) : 50–100 ml/jour, riches en calories
  • Luzerne : protéines et calcium pour reconstituer la masse musculaire
  • Vérifier : vermifuges à jour, dentiste, examen véto (ulcères, foie)

Pesez ou notez le BCS chaque mois pour suivre la reprise de poids.


Aliments à éviter / précautions

Certains aliments sont dangereux ou déconseillés :

  • Pain en quantité : trop de levure et amidon, risque de coliques et obésité.
  • Herbe coupée et laissée en tas : fermente rapidement, risque de coliques gazeuses mortelles.
  • Variations brutales : changement soudain de foin, passage direct du box au pré, ajout massif de concentrés → coliques, diarrhée.
  • Fausses friandises riches en sucre : bonbons, gâteaux, produits industriels non adaptés.

Précaution avant/après effort : Évitez un gros repas de concentrés dans l’heure précédant le travail (risque de coliques, digestion lourde). Attendez 1h après l’effort avant de donner concentrés ou herbe fraîche.


Signes d’une ration inadaptée (check rapide)

Surveillez ces indicateurs pour ajuster la ration :

  • Crottins anormaux : trop secs (manque d’eau/fourrage), trop liquides (excès herbe/concentrés), présence de grains entiers (mastication insuffisante).
  • Poil terne, peau squameuse : carences en minéraux/vitamines, parasitisme.
  • Perte ou gain rapide de poids : ration inadaptée au travail, pathologie sous-jacente.
  • Coliques récurrentes : variations brutales, fourrage insuffisant, eau limitée.
  • Irritabilité, agressivité : ulcères gastriques, douleur, sous-alimentation.

En cas de doute, consultez un vétérinaire ou nutritionniste équin pour bilan complet.

📌 À retenir : Un cheval en bonne santé a des crottins réguliers (8–12 par jour), un poil brillant, un comportement stable et un état corporel optimal (BCS 5–6/9).


Questions fréquentes (FAQ)

Combien de foin un cheval doit-il consommer chaque jour ?

Visez 1,5 à 2 % du poids vif par jour de fourrage en matière sèche (ex. 7,5–10 kg pour un cheval de 500 kg), à ajuster selon l’état corporel, la saison et le niveau de travail. Ne descendez jamais sous 1,5 % au risque de troubles digestifs.

Faut-il toujours ajouter des concentrés ?

Pas forcément. Un cheval au repos ou en loisir léger peut se contenter de fourrage + CMV. Les concentrés s’ajoutent selon le travail fourni et les besoins individuels (perte de poids, effort intense). Trop de concentrés sans travail = risque d’obésité et de pathologies métaboliques.

Granulés ou floconnés, quelle différence ?

Les floconnés sont cuits à la vapeur, plus digestes et appétents, mais plus chers (15–25 % de surcoût). Les granulés sont compressés à froid, denses, économiques, adaptés si le cheval mâche bien. Les deux peuvent être équilibrés, lisez les étiquettes (amidon, protéines, fibres).

Quand donner des électrolytes ?

Par fortes chaleurs (>28°C) ou après un effort qui fait transpirer (endurance, CCE, travail intensif). Dose usuelle : 20–50 g/jour selon fabricant, toujours avec eau fraîche à volonté. Ne donnez pas d’électrolytes en continu sans raison (risque de déséquilibre).

Comment savoir si je dois augmenter/réduire la ration ?

Évaluez l’état corporel (BCS) tous les mois :

  • BCS <4/9 (côtes visibles, creux marqués) → augmentez fourrage et/ou concentrés
  • BCS 5–6/9 (idéal : côtes palpables, encolure souple) → maintenez
  • BCS >7/9 (encolure épaisse, bourrelet croupe) → réduisez concentrés, limitez herbe riche

Pesez le cheval ou utilisez un ruban de pesée tous les 2–3 mois pour suivre l’évolution.



Méthodologie : Les quantités et recommandations s’appuient sur les normes INRAE (Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’alimentation et l’Environnement), les retours de nutritionnistes équins et l’expérience terrain en élevages et centres équestres français. Chaque cheval reste unique : les rations sont des repères à ajuster selon l’individu et le suivi vétérinaire.

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